Enerpresse : Ukraine, saut dans l’inconnu pour le secteur électrique

Article publié dans Enerpresse le 9 juillet 2019

@ Photo dtek.com

Depuis le 1er juillet, le secteur électrique ukrainien a été pleinement libéralisé. Sur le papier du moins, tant le contexte politique est plein d’incertitudes. Le nouveau Président ukrainien Volodymyr Zelenski a bien proposé un texte de loi pour repousser, de quelques mois, la mise en oeuvre de la pleine libéralisation du marché national de l’électricité. Mais voilà, il a dissous le Parlement quelques jours plus tôt et les députés sont tout à leur campagne pour un scrutin prévu le 21 juillet. Alors, la loi de 2017
prévoyant ladite libéralisation est entrée en vigueur malgré l’impréparation des acteurs du marché, l’absence de suffisamment de tests des logiciels devant permettre une mutation pourtant fondamentale, l’incertitude quant aux tarifs qui vont émerger de cette nouvelle réalité.
« C’est une question d’autant plus délicate que ce marché est historiquement régulé, par un système très complexe. Ce qui a abouti à cette situation paradoxale que les ménages paient moins cher leurs kWh que les industriels, ces derniers subventionnant les premiers », résume Alexander Martynenko, d’Investment Capital Ukraine, un cabinet de
conseil en gestion de biens et en investissements. Une des lignes rouges qu’aucun gouvernement n’est véritablement prêt à franchir est celle d’une hausse trop importante des tarifs de l’électricité. Question hautement politique dans une ex-république soviétique de 44 millions d’habitants où le secteur est tenu par des oligarques et qui vient d’élire un Président dont le programme populiste s’est souvent résumé à les accuser de tous les maux du pays.
Toutefois, la libéralisation du marché devrait aboutir sur une augmentation des tarifs aux particuliers. « C’est la logique attendue, même si le pouvoir et le régulateur national, la NERC, ont considérablement réduit l’ampleur de la réforme en maintenant des subventions pour la population et en continuant à obliger l’opérateur des centrales nucléaires à vendre 90 % de sa production à un prix fixé par l’État, ce qui représente
autant de kWh placés hors du marché. D’autres problèmes subsistent, notamment l’existence d’un groupe particulier d’entreprises, celles par exemple fournissant l’eau à la population où le charbon à nos centrales thermiques ou pour le chauffage, qui sont dispensées de payer l’ensemble de leur facture d’électricité », souligne Dennis Sakva, analyste énergie chez Dragon Capital.

C’est donc à nouveau un système éminemment complexe qui émerge depuis le 1er juillet. L’Ukraine demeurant prise entre d’un côté les exigences du peuple et l’énorme influence de ses oligarques et de l’autre par son désir de s’intégrer de plus en plus au modèle de gouvernance de l’Union européenne et de répondre au mieux à ses requêtes notamment dans le cadre du 3e paquet énergie, animée par une farouche volonté d’échapper à ’emprise de la Russie.

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