RFI: Il y a 15 ans, la tragédie de Beslan

C’était il y a quinze ans : le 1er septembre 2004, jour de la rentrée des classes en Russie, un commando islamiste composé de Tchétchènes et d’Ingouches, fait irruption dans une école d’Ossétie du Nord, république du Caucase russe. La localité de Beslan fait le tour des médias internationaux : 1200 personnes sont retenues en otages, captivité qui durera 52h. Le 3 septembre, une double explosion à l’intérieur du gymnase sème la panique et crée la confusion. Les forces spéciales russes l’assaut. A l’issue de l’opération, le bilan humain est immense : 333 morts dont 186 enfants. Quinze ans plus tard, la tragédie de Beslan conserve ses zones d’ombre et la rétrospection reste très difficile en Russie.

Par Étienne Bouche

Diffusé le 01/09/2019 sur RFI.

Ce sont des images qui avaient bouleversé le pays. Le souvenir de Beslan replonge les Russes au début des années 2000, à une période où les attentats terroristes se succédaient. 15 ans plus tard, la rédaction du journal d’opposition Novaïa Gazeta revient sur les faits à travers un film documentaire. « Nous avons conscience qu’est apparue une nouvelle génération constituée de jeunes qui n’ont pas vu Beslan aux infos et qui n’ont pas la possibilité d’en entendre parler aujourd’hui à la télé, explique Olga Bobrova, à l’origine du projet. Parce que croyez-moi, le 3 septembre, ce sera la quatrième, voire la cinquième actualité sur les chaînes fédérales et on se contentera d’évoquer les hommages aux victimes. C’est tout. »

Aucune chaîne publique n’a d’ailleurs accepté de donner accès à ses archives. Le pouvoir russe semble peu disposé à revenir sur ce passé de mauvais ton à une époque où la stabilité est la colonne vertébrale idéologique de l’État. La reporter Elena Milachina est la meilleure connaisseuse de Beslan, elle était sur place en 2004 et y a vécu ensuite. Il s’agit selon elle du premier film racontant la vérité sur cette affaire. « La Russie actuelle vient de Beslan. C’est à ce moment-là que les gens ont renoncé à leur liberté en échange de la promesse de sécurité. Sauf qu’ils n’ont pas obtenu cette sécurité du pouvoir. »

Selon l’institut de sondages indépendant Levada, la moitié des Russes attribue la responsabilité de la tragédie aux terroristes. Un tiers estime que les services spéciaux russes partagent cette responsabilité.

En 2017, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) avait condamné la Russie à verser plus de trois millions d’euros à 409 requérants, anciens otages blessés et proches des victimes.

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