France Culture: La Russie regarde vers l’Afrique

C’est un sommet inédit qui se tient les 23 et 24 octobre à Sotchi, dans le sud de la Russie : il s’agit du premier sommet consacré aux relations économiques entre la Russie et l’Afrique. Dans un contexte diplomatique difficile avec les pays occidentaux, Moscou entend retrouver son influence d’autrefois sur ce continent.

Par Étienne Bouche, à Sotchi

Diffusé le 23/10/2019 sur France Culture

C’est au cœur du parc olympique de Sotchi que Vladimir Poutine reçoit pendant deux jours ses homologues. Plus de quarante chefs d’État sont réunis au bord de la mer Noire, et plus de 3000 participants pour ce sommet inédit. Avec pour objectif de donner une nouvelle impulsion aux relations entre la Russie et les pays d’Afrique.

“C’est une occasion de rencontrer beaucoup d’investisseurs et de partenaires économiques éventuels. Ce n’est pas une démarche culturelle, c’est une démarche économique”. Émile Mutunda Koji est en charge des projets de développement de la province minière du Lualaba, en RDC. Il espère à Sotchi nouer de nouveaux partenariats.

Lors de la session inaugurale, Vladimir Poutine a fixé des objectifs ambitieux : doubler, au minimum, les échanges commerciaux avec l’Afrique d’ici cinq ans. Sa présence reste modeste sur le continent mais pour Émile Mutunda Koji, la lointaine Russie représente de nouvelles opportunités.

“La Chine est bien présente, très présente même, mais il faut avoir des sources variées d’investissements, il ne faut pas dépendre d’une seule source. Et puis, il y a une certaine réputation aussi que les produits chinois sont regardés en Afrique comme étant d’une certaine qualité, alors que les russes c’est une qualité haut de gamme.”

Sans passé colonial en Afrique, la Russie jouit généralement d’une image favorable. Patrick loue personnellement le pragmatisme du président russe. Depuis ses études à Saint-Pétersbourg en 2004, ce Congolais habite en Russie. A Sotchi, il fait le trait d’union entre officiels africains et représentants des affaires en Russie.

“Je crois qu’ils sont plus honnêtes. Ils ont leurs intérêts, sans oublier les intérêts des Africains. Il y aura un partenariat 50/50. Je suis ici depuis quinze ans, je travaille avec eux. C’est vrai qu’ils ne connaissent pas l’Afrique, ils s’y intéressent donc on doit aussi inviter les Russes en Afrique. Parce qu’ils sont plus loyaux.”

La Russie espère quant à elle s’offrir de nouveaux débouchés dans un contexte diplomatique difficile avec les pays occidentaux.


La Russie devenue proche allié du gouvernement centrafricain

Diffusé le 25/10/2019

Ce sommet de Sotchi fut pour le président centrafricain l’occasion de demander à Moscou un renforcement de son aide militaire. Lors d’une rencontre bilatérale, Faustin-Archange Touadéra a demandé mercredi à Vladimir Poutine de lui fournir des armes lourdes. Marie-Noëlle Koyara, ministre de la Défense nationale et de la reconstruction de l’armée, a souligné ce jeudi le soutien déterminant de la Russie à la souveraineté centrafricaine.

« C’est un pays ami qui est venu au secours de la République centrafricaine suite à la crise que le pays a connu. La Russie a accepté d’équiper l’armée centrafricaine avec des armes parce que comme je le dis toujours, une armée qui n’a pas d’armes ne peut pas accomplir sa mission. Et un pays qui n’a pas une armée forte, c’est un pays qu’on ne respecte pas. »

Le mois dernier, le conseil de sécurité de l’ONU a fortement assoupli l’embargo sur les armes à destination de la Centrafrique en autorisant à nouveau la livraison d’armes légères dans le pays. L’embargo était total depuis le début de guerre civile mais le pays avait bénéficié ces deux dernières années de quelques dérogations. Pour le gouvernement centrafricain, la fourniture d’armes est non seulement légitime, mais nécessaire.

 « Pour l’instant, nous travaillons avec la mission des Nations unies de la stabilisation en République centrafricaine. Mais si la mission arrive à terme, qui doit sécuriser le pays ? C’est les forces centrafricaines. Donc pour nous c’est important que l’armée centrafricaine puisse vraiment entrer en possession de tous ses droits en ayant les équipements nécessaires. Tous les pays au monde aimeraient bien avoir une armée forte. »

La présence russe en Centrafrique n’est pas seulement militaire. Moscou y a notamment intensifié ses activités dans le secteur minier.

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