RFI: Les enjeux politiques du sommet “Normandie” de Paris

“Il n’y aura pas de paix immédiate”, assure Volodymyr Zelenskyy pour calmer les attentes. La rencontre de Paris n’en reste pas moins cruciale.

Intervention dans la séquence Bonjour l’Europe, sur RFI, le 09/12/2019

Lancement: Le chemin de la paix en Ukraine passe par Paris. L’Ukrainien Volodymyr Zelenskyy rencontre le Russe Vladimir Poutine, sous l’égide d’Emmanuel Macron et Angela Merkel. C’est le premier sommet dit du “format de Normandie” depuis octobre 2016, organsié pour tenter de mettre un terme à la guerre qui divise l’est de l’Ukraine depuis 2014. 13000 personnes y ont perdu la vie selon l’ONU. Le sommet a été organisé après une série de gestes d’apaisement, comme la libération de prisonniers politiques dont Oleg Sentsov, ou un processus de démilitarisation de la ligne de front. Mais la paix est loin d’être garantie. A Kiev, Sébastien Gobert

Que peut-on attendre de ce sommet?

Tout d’abord, une reprise du dialogue. C’est la première fois que Volodymyr Zelenskyy va rencontrer le maître du Kremlin, et c’est donc en soi une victoire personnelle. Je rappelle que c’est un comédien de carrière, élu à la surprise générale en avril. Ce sommet le place donc au plus haut niveau de négociation avec trois des chefs d’Etats les plus puissants du monde. Zelenskyy dit qu’il veut voir tout particulièrement Poutine face-à-face pour comprendre si lui veut effectivement la paix.

On part du principe que si la rencontre a lieu, c’est que les parties se sont déjà mis d’accord sur plusieurs points pour une déclaration commune. Ce peut être un nouvel échange de prisonniers, un cessez-le-feu permanent, ou encore la résolution d’une épineuse question d’approvisionnement en gaz. Mais Zelenskyy a déjà prévenu: il n’y aura pas de paix immédiate. construire une solution politique durable sera un travail de longue haleine.

Quelles sont les différentes options que l’on peut envisager?

Un processus a déjà été adopté en 2015 à Minsk: il prévoit la réintégration des territoires séparatistes dans une Ukraine unitaire, à travers des élections locales et l’adoption d’un statut spécial. Mais cela ne va pas de soi: comment organiser des élections dans un environnement dangereux où il sera impossible de mener campagne? Etui contrôlera la frontière avec la Russie par laquelle transitent des armes et des combattants?

Zelenskyy a sous-entendu qu’il voulait revoir cette feuille de route. Mais cela peut ouvrir une boîte de Pandore, car le statut des territoires séparatistes ne fait pas consensus. Les réintégrer? Créer une Ukraine fédérale qui leur donne de l’autonomie? Les laisser à la Russie? La Russie d’ailleurs nie toujours son intervention dans la région: est-ce qu’elle va participer pour payer les réparations? Les questions sont légion, et Zelenskyy doit progresser par étape car il fait face à une forte opposition en Ukraine même.

Que revendique cette opposition?

Le désaccord porte sur une question de fond: une large partie des Ukrainiens ne croit pas que Vladimir Poutine veuille faire la paix. Au contraire, le Kremlin ne chercherait qu’à reconstituer sa sphère d’influence historique. Tout compromis avec la Russie serait donc une compromission, et ils ont organisé plusieurs manifestations de grande ampleur contre le risque de “capitulation”

Ce sont des vétérans de guerre, nationalistes et partis politiques qui ont défini une série de lignes rouges, comme par exemple ne pas abandonner la Crimée annexée ou ne pas remettre en cause l’intégration européenne de l’Ukraine. C’est une minorité qui manifeste, mais une minorité très active. Un groupe a d’ailleurs établi un camp devant le bureau du président.

Le sommet d’aujourd’hui est tout à fait crucial, mais on voit que la marge de manoeuvre de Zelenskyy est particulièrement étroite, et le chemin vers la paix, encore long.

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