HQA: Les oligarques au secours de la “nouvelle Russie culturelle”

Quand il financent la création d’un musée, les oligarques russes font le choix de réinvestir des sites anciens. Ce souci du patrimoine, russe comme soviétique, pallie le manque d’implication de l’État et traduit un désir de renouveau culturel.

Par Etienne Bouche

Visuel: Service de presse Fondation V-A-C

Publié le 14/02/2020 dans “L’Hebdo du Quotidien de l’Art”

Le chantier progresse désormais à vue d’œil : au bord de la Moskova, le désaffecté « GES-2 » opère une spectaculaire métamorphose. Bâtie en 1907, cette ancienne centrale électrique s’apprête à devenir l’un des centres d’art les plus ambitieux de la capitale, à quelques minutes du Kremlin. « Ce site, j’en rêvais », lâche Leonid Mikhelson à l’occasion de la présentation du projet. Régulièrement cité comme l’homme le plus riche de Russie, le dirigeant de Novatek, premier groupe gazier privé du pays, offre un écrin à sa fondation d’art contemporain : 40.000 m² au cœur du quartier concentrant les plus prestigieuses institutions culturelles de la ville. « Nous transformons une usine d’énergie en une usine d’idées », résume Antonio Belvedere, partenaire en charge du projet pour RPBW, le cabinet de Renzo Piano. Quatre hautes cheminées bleu roi rappelleront la fonction initiale du bâtiment. « Historiquement, les cheminées ont été symbole de changement : quand l’usine a abandonné le charbon pour le gaz, les cheminées en brique des nefs latérales ont été détruites, remplacées par des cheminées en acier au centre de la station. Le bâtiment va maintenant connaître une autre vie, il ne diffusera plus rien dans l’atmosphère mais respirera par ses cheminées », explique l’architecte : l’air capté à 70 mètres d’altitude, plus pur et plus frais, irriguera cet espace d’un genre nouveau en Russie, agrégeant salles d’exposition, bibliothèque et ateliers de création.

« En tant que mégalopole mondiale, nous devons assurer une vie artistique de niveau international », répond Alexandre Kibovski, représentant du département de la Culture de la ville. Un vœu qui resterait lettre morte sans les initiatives du secteur privé. Prévue pour septembre, l’ouverture du GES-2 promet d’apporter une contribution significative à une vie artistique façonnée, ces quinze dernières années, par de riches mécènes.

A lire dans l’édition N°1887 (accès réservé aux abonnés).

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