RFI: Montée des eaux à Bolderaja (Riga, Lettonie)

La mer Baltique devrait connaître une hausse de son niveau parmi les plus rapides en Europe. Marielle Vitureau, est partie faire un tour dans le quartier de Bolderaja, à Riga, un quartier cerné par les eaux.

Le chemin qui mène au phare de Riga. Un lieu de promenade très apprécié des habitants de la capitale lettone. A cet endroit, l’érosion  a rendu la côte particulièrement fragile. L’été dernier, le ministère letton de l’environnement a adopté un plan de protection et d’adaptation au changement climatique. Erosion, montée des eaux, inondation. La Lettonie y est déjà confrontée, mais à l’avenir encore plus. Selon un rapport de l’agence européenne pour l’environnement, la mer Baltique devrait connaître une hausse de son niveau parmi les plus rapides en Europe. Marielle Vitureau, notre correspondante dans les pays baltes, est partie faire un tour dans le quartier de Bolderaja, à Riga, un quartier cerné par les eaux.

En cette fin de journée hivernale à Bolderaja, la plage est vide. Il faut l’imaginer l’été, bondée. Riga et ses banlieues comptent près d’un million d’habitants. Le doux clapotis de la mer Baltique s’entend alors à peine. Vera Auzina est assistante sociale à Bolderaja. Un quartier d’immeubles gris qui s’est développé durant les années soviétiques et aujourd’hui en manque d’infrastructure. La jeune femme s’est impliquée pour sauver les arbres de son quartier. La mer est sa prochaine bataille.

Je me rappelle que petite, il fallait marcher, marcher, marcher pour arriver jusqu’à la mer. La différence est notable avec les plages qui ne sont pas surveillées. Elles sont devenues plus étroites, car l’eau monte, les vagues mangent le sable. Evidemment, nous voyons que nous perdons nos plages. 

Selon l’agence européenne pour l’environnement, la mer Baltique va connaître une montée des eaux parmi les plus rapides en Europe, entre 3 et 5 millimètres par an. Pour en comprendre les raisons, direction le département des sciences de l’université de Lettonie. Le géologue Janis Lapinskis étudie l’érosion côtière.

La mer Baltique est une mer très fermée. Elle est connectée à la mer du Nord et à l’océan Atlantique par un goulet très étroit. La quantité d’eau qui arrive dans la mer Baltique est bien plus importante que celle s’en échappant. L’évaporation ne compense pas les volumes d’eau amenés par les rivières et les pluies. Et en raison du changement climatique, cette différence devrait encore s’accroître puisque les vents changent de direction et que les précipitations augmentent. 

Qu’à Bolderaja, le chemin vers le phare ait été détruit en bordure du territoire du port de Riga, lors de la dernière tempête, n’étonne pas à la mairie de Riga. Evija Pinke, la responsable environnement, jointe par téléphone.

Les géologues recommandent de toucher le moins possible aux côtes. Cela s’est avéré juste cette année, car ce sont les parties construites qui ont subi les plus grands dommages. 

Le port a déclaré que le chemin vers le phare serait réparé.

D’ici 2060, les scientifiques ont tout de même calculé que la Lettonie pourrait perdre près de 10 kilomètres carrés de territoire, dû à l’érosion et à la montée des eaux. Une perspective qui inquiète Vera Auzina.

Cette plage est un confetti rien qu’à l’échelle de la Lettonie. Mais nous vivons ici, nous nous y promenons, nous y élevons nos enfants, nous nous baignons. Ce sera une tragédie, car que c’est notre manière de vivre qui va complètement changer. 

La Lettonie compte 500 kilomètres de côte. En raison de son histoire récente, les côtes sont peu construites, car à l’époque communiste, elles formaient la frontière de l’Union soviétique    avec le reste du monde. Inconstructibles, elles sont devenues en grande partie une zone naturelle protégée. Des dunes de protection existent, mais le quartier de Bolderaja n’est situé qu’à deux mètres au-dessus du niveau de la mer. Le géologue Janis Lapinskis.

L’érosion du rivage accentue le risque d’inondation. Le long des côtes, nous avons des dunes qui servent de barrière naturelle contre les inondations. Mais si l’érosion devient de plus en plus importante, ces dunes peuvent totalement disparaître. Les espaces situés derrière seront sujets à des inondations plus fréquentes. 

Mais à l’instar d’autres villes de Lettonie, à Bolderaja, le danger vient aussi des rivières. La Daugava et la Bullupe qui cernent le quartier. Evija Pinke, responsable environnement à la mairie de Riga.

Nous avons comme projet d’établir une digue et d’autres constructions pour protéger les habitations d’un risque important d’inondation le long d’une rivière dans le quartier. 

Le ministère de l’environnement a préparé en juillet dernier un grand plan d’action pour prévoir et s’adapter au changement climatique. 80 mesures en cours d’élaboration dont certaines concernent précisément la montée des eaux. Parmi elles des mesures spécifiques pour les villes et les infrastructures installées au bord des rivières.

Leave a Reply

%d bloggers like this: