La Croix : En perte de vitesse, le président ukrainien renvoie son gouvernement

Article publié sur le site de La Croix le 05/03/2020

Analyse. Six mois après sa nomination, le premier ministre Oleksiy Honcharouk a été renvoyé mercredi 4 mars après un vote unanime du Parlement ukrainien, acquis au président Volodymyr Zelensky. Plusieurs scandales et une chute dans les sondages ont scellé le destin d’un gouvernement réformateur.

Fabrice Deprez, à Kiev, le 05/03/2020 à 12:30

Le plus jeune premier ministre de l’histoire post-soviétique ukrainienne aura donc aussi été le plus éphémère : 188 jours seulement en tant que chef de gouvernement pour Oleksiy Honcharouk, 35 ans, renvoyé le mercredi 4 mars par le vote unanime d’un parlement acquis au président Volodymyr Zelensky. Denis Shmygal, auparavant gouverneur de région et figure peu connue de la scène politique ukrainienne, a le même jour pris la tête du deuxième gouvernement de l’ère Zelensky.

Oleksiy Honcharouk paye ainsi un début d’année chargé en controverses, entre une incapacité du parlement à voter une réforme agraire considérée comme cruciale, jusqu’au vent de panique causé fin février par la mise en quarantaine dans le centre de l’Ukraine de 72 Ukrainiens et étrangers revenus de Chine. Volodymyr Zelensky avait, le 17 janvier, refusé d’accepter une première démission d’Oleksiy Honcharouk, à la suite de la fuite d’enregistrements dans lesquels le premier ministre critiquait le président.

Crise des « nouveaux visages »

Mais l’effondrement du gouvernement dans les sondages ainsi que la chute de la cote de popularité de Volodymyr Zelensky (passée de 62 % en décembre à 47 % en février), « c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », estime Vladimir Fessenko, un analyste politique basé à Kiev. Si plusieurs figures réformatrices du gouvernement ont été renvoyées avec le premier ministre, le puissant, controversé et inamovible ministre de l’intérieur Arsen Avakov, en poste depuis février 2014, s’est maintenu.

Le président ukrainien élu en avril 2019 avait pourtant fait de l’arrivée au pouvoir de « nouveaux visages » l’un des principaux arguments de sa politique, revendiquant une inexpérience synonyme de renouveau. Mais la réalité de la politique ukrainienne a semblé avoir eu en partie raison de ce slogan : « Les nouveaux visages ne sont pas suffisants, s’est exclamé Volodymyr Zelensky lors d’un discours prononcé juste avant le renvoi d’Oleksiy Honcharouk. Il nous faut aussi des nouveaux cerveaux, des nouveaux cœurs ».

Danger pour l’aile réformatrice

La formation du nouveau gouvernement s’annonce complexe, plusieurs candidats potentiels s’étant désistés au dernier moment, d’après les informations de la presse ukrainienne. L’incertitude à Kiev concerne aujourd’hui le destin d’une aile réformatrice dont le premier ministre sortant était le principal représentant.

Au-delà du gouvernement, le Parlement pourrait dans les prochains jours acter le renvoi de deux officiels appréciés de la société civile ainsi que des chancelleries occidentales, le procureur Général Rouslan Riaboshapka et Artem Sytnyk, le directeur du Bureau national anticorruption. Avec un enjeu qui dépasse celui de la lutte contre la corruption, s’est inquiétée l’organisation Transparency international dans un communiqué : la perception d’un recul en arrière dans ce domaine pourrait en effet rallonger des négociations en cours avec le Fonds monétaire international et bloquer un plan d’aide de plus de cinq milliards de dollars.

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