Coronavirus et libertés: Les tentations de restrictions de libertés traversent les Balkans

Dans les Balkans également, la mise en place de l’état d’urgence et des mesures de confinement ont donné aux gouvernements de la région des outils supplémentaires pour contrôler l’information et la population – Par Laurent Geslin, avec les correspondants du Courrier des Balkans

Dans les Balkans également, la mise en place de l’état d’urgence et des mesures de confinement ont donné aux gouvernements de la région des outils supplémentaires pour contrôler l’information et la population.

Par Laurent Geslin, avec les correspondants du Courrier des Balkans

En Europe centrale et orientale, dans le Caucase, dans les Balkans : la crise sanitaire causée par le coronavirus est parfois une aubaine pour réduire les libertés individuelles et publiques. Daleko-Blisko fait un tour d’horizon des situations les plus sensibles.

Dans les Balkans également, la mise en place de l’état d’urgence et des mesures de confinement ont donné aux gouvernements de la région des outils supplémentaires pour contrôler l’information et la population. La propagation de « fausses nouvelles » et d’informations « entrainant la panique » a par exemple été criminalisée en Republika Srpska, l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine, une mesure susceptible d’entraver le droit à l’information rappelle Kathleen Kavalec, cheffe de la mission de l’OSCE à Sarajevo.

Une nouvelle loi est été également passée en Bulgarie : trois ans de prison et 10.000 lev d’amendes (5000 euros) sont requis contre « ceux qui répandent de fausses informations sur la propagation de l’épidémie ». Par ailleurs, afin de surveiller les personnes placées en quarantaine, la police bulgare peut désormais obtenir les données téléphoniques et Internet de ses citoyens. « Cette procédure sera supervisé par les tribunaux, elle ne sera pas incontrôlée », a tenté de rassurer le ministre de l’Intérieur Mladen Marinov.

Au Monténégro, le gouvernement a de son côté décidé de publier sur Internet les noms des citoyens du pays arrivant de l’étranger et qui sont placés en confinement pour ralentir la progression de l’épidémie. « Les forces de sécurité ne peuvent pas contrôler tous les citoyens », se justifient les autorités. « Étant donné que toute personne ne respectant pas le confinement menace la communauté toute entière, nous avons décidé de publier leurs noms. »

En Roumanie, les autorités ont depuis le 20 mars arrêté de dénombrer les malades confirmés dans chaque région du pays, afin de prévenir « le risque de créer de la confusion pour les communautés respectives et d’induire une perception déformée de la situation ». Une censure de fait qui pourrait au contraire de favoriser la diffusion de théories dangereuses, dénoncent les journalistes du pays.

Après avoir qualifié il y a un mois le Covid-19 de « virus le plus drôle des réseaux sociaux », le Président serbe Alexandar Vučić a décidé d’appliquer la manière forte pour stopper l’épidémie. Les personnes reconnues coupables de « propagation de la panique » encourent jusqu’à trois ans de prison et jusqu’à cinq ans si ces informations sont diffusées dans les médias traditionnels. Plusieurs personnes ont déjà été arrêtées.

Le 19 mars dernier, le Président Vučić évoquait le cas d’un homme interpellé pour avoir annoncé sur la messagerie Viber des pénuries d’essence, ce qui avait entrainé des queues interminables devant les stations services : « L’État doit maintenant réagir de manière plus décisive, plus sérieuse et plus sévère », avait-il expliqué.

La surveillance s’étend aussi, sans que personne, à part Aleksandar Vučić, ne sache dans quelle proportion. « Nous suivons les numéros de téléphone, les numéros italiens avant tout », a déclaré le Président serbe. « On n’écoute pas, mais on suit les mouvements. N’essayez pas de nous piéger en laissant votre téléphone à un endroit [pour bouger] parce que nous avons trouvé d’autres moyens pour traquer ceux qui enfreignent les règles prescrites par l’État. »

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