La Croix : La peur de la récession pousse l’Ukraine aux réformes

Article publié sur le site de La Croix le 31/03/2020

Analyse. La levée d’un moratoire sur la vente de terres agricoles doit permettre le déblocage d’une aide du Fonds monétaire international sur fond de crainte de récession économique attisée par le coronavirus

Fabrice Deprez à Kiev, (de notre correspondant), le 31/03/2020

C’est dans l’atmosphère tendue d’un pays mis à l’arrêt depuis deux semaines par les mesures de quarantaine que le parlement ukrainien a adopté, dans la nuit du 30 mars, la levée d’un moratoire sur la vente de terres agricoles en place depuis près de vingt ans. Une réforme historique, débattue depuis des mois et à laquelle s’oppose une partie de la classe politique ukrainienne.

Le Fonds monétaire international (FMI) fait depuis plusieurs mois du vote de cette loi, ainsi que d’une législation bancaire visant l’un des principaux oligarques du pays, l’une des conditions clés d’un plan d’assistance de près de 7,3 milliards d’euros. Vu il y a quelques semaines comme nécessaire pour remettre le pays sur les rails de la croissance économique, l’aide du FMI est aujourd’hui devenue, d’après le président ukrainien, une question de survie.

« Deux chemins s’offrent à nous », a annoncé ce dernier le 29 mars, dans un message adressé aux députés : « le premier, c’est l’adoption de ces lois vitales, après quoi nous recevrons le soutien de nos partenaires financiers internationaux. Le second, c’est l’incapacité à les faire passer, et l’effondrement de l’économie ». Le gouvernement envisage désormais une chute du PIB causée par les remous de la pandémie d’au moins 4,8 % cette année.

Crainte du coronavirus

L’adoption de la réforme agraire, ainsi que de la législation bancaire réclamée par le FMI, s’est déroulée lors d’une journée chaotique, marquée par trois sessions extraordinaires du Parlement et le renvoi du ministre de la santé et de celui des finances, tous deux en place depuis moins d’un mois. Réunion du comité des finances dans la cour extérieure du parlement et injonctions incessantes sur le port du masque : les débats parlementaires ont aussi été largement colorés par la crainte du Covid-19. Au moins 549 personnes sont officiellement infectées à travers le pays, un chiffre en augmentation, mais peu fiable, au vu du faible nombre de tests réalisés (moins de 3 000).

« Il est évident que l’épidémie de coronavirus a accéléré l’adoption de ces lois de manière dramatique », confirme Mikhailo Demkiv, un analyste financier auprès de la société de gestion d’actifs ICU. La législation sur le contrôle des activités bancaires, qui vise à mettre fin aux tentatives de l’oligarque Igor Kolomoïsky d’annuler la nationalisation de la plus importante banque du pays en 2016, est combattue depuis plusieurs mois par des députés considérés comme proches de l’oligarque et, pour certains, rattachés au parti présidentiel.
Une réforme historique

La réforme agraire, adoptée en première lecture en novembre, a-elle donné lieu à des affrontements violents. Devant la levée de boucliers, la version initiale de la loi permettant à n’importe quel citoyen ou société ukrainienne d’acheter jusqu’à 200 000 hectares de terre a été revue à la baisse. Le texte adopté le 30 mars il entrera en vigueur en juin 2021, n’autorise pour l’heure que les personnes physiques à acheter au maximum 100 hectares. « Cela reste un véritable progrès », pense Mikhailo Demkiv.

Leave a Reply

%d bloggers like this: