RFI: Une immense église dédiée aux Forces armées russes

Le mois dernier, le Patriarche Kirill inaugurait une immense église orthodoxe dans la région de Moscou. Un lieu de culte dédié aux Forces armées russes et érigée à l’occasion du 75e anniversaire de la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie. L’URSS a enregistré le bilan humain le plus lourd de la Seconde guerre mondiale, estimé à 26 millions de morts. Ces dernières années, la célébration de cette victoire n’a cessé de prendre de l’ampleur, au point de devenir le pilier idéologique de l’État.

Par Étienne Bouche

Diffusé le 16/07/2020 dans l’émission “Accents d’Europe”, sur RFI

Le diamètre de la principale coupole mesure 19 mètres 45 ; le clocher, lui, est situé à 75 mètres de hauteur. Année 1945, 75e anniversaire de la Victoire, les références historiques sont claires. Les dimensions de cet édifice couleur kaki sont saturées de symboles. Le ministère de la Défense précise que l’alliage des dalles de l’entrée contient du métal provenant d’armes de la Wehrmacht. L’intérieur est fastueux et célèbre les principaux faits d’armes de la Russie. Dans un excès de zèle, ses concepteurs envisageaient d’y installer une mosaïque représentant Vladimir Poutine entouré des plus hauts responsables du pays. Une initiative qui avait embarrassé jusqu’au Kremlin.

L’église a été érigée dans le parc Patriote, un site inauguré en 2015 dans la région de Moscou. Géré par le ministère de la Défense, ce parc d’exposition exhibe au public les capacités militaires de l’armée. Autour de l’église, une reconstitution d’un champ de bataille et un musée aux dimensions tout aussi inouïes : 35 salles retraçant les 1418 jours de la guerre, animations immersives à l’appui.

Depuis l’annexion de la Crimée, le pouvoir russe entend plus que jamais faire de la Grande guerre patriotique le ciment de l’unité nationale. Sauf que sa relecture exclusivement héroïque de l’Histoire ne supporte aucune ombre ni réserve. Officiellement, Staline est le chef militaire ayant permis la victoire. Mais pas un mot sur ses échecs stratégiques, sur les exécutions sommaires, sur les peuples déportés – les Kalmouks, Tchétchènes, Tatars de Crimée, sur le sort des pays incorporés de force à l’URSS. Signe que l’État entend être maître de la mémoire, la « protection de la vérité historique » est inscrite dans la nouvelle Constitution russe. Un amendement qui, selon le journal Novaïa Gazeta, « tue définitivement la liberté de pensée en Russie. »

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