RFI: Hommage aux sous-mariniers du Koursk, 20 ans après

Il y a vingt ans, une tragédie se produisait en mer de Barents : le 12 août 2000, l’explosion accidentelle d’une torpille provoque le naufrage du Koursk, un sous-marin russe de 154 mètres de long. Les opérations de sauvetage sont chaotiques et la gestion de la crise par le pouvoir, très vivement critiquée. Piégés à 108 mètres de profondeur, les 118 hommes qui composent l’équipage perdent la vie. La catastrophe suscite une immense émotion populaire. Le Parquet clôt l’affaire l’été 2002, sans désigner de responsables.

Par Étienne Bouche, à Saint-Pétersbourg

Diffusé le 13/08/2020 sur RFI

A l’église Saint-Nicolas-des-Marins, un service mémoriel se tient chaque année à la même date. Vingt ans se sont écoulés depuis la catastrophe et les familles, désormais, se connaissent bien. Ensemble, elles forment désormais une communauté bâtie sur l’absence et le souvenir. Au cours de la cérémonie, les noms des 118 sous-mariniers du Koursk sont prononcés. Des œillets à la main, Ekaterina est venue honorer la mémoire de son frère Ilya. « Dans la famille, il est le dernier à ce jour à s’être mis au service de la Flotte du Nord. Ce qui lui est arrivé est en quelque sorte devenu notre histoire de famille. Mon père, lui, a plus de mal… En tant que vétéran de la marine, il ressent toujours beaucoup d’amertume et de douleur. »

Les commémorations se poursuivent au cimetière Sérafimovski, au nord de la ville. 32 membres de l’équipage y sont enterrés, le plus jeune avait tout juste 20 ans. Les discours sont consensuels. On ne cherche plus de responsables à ce drame : le Koursk est devenu l’une de ces tragédies sacrificielles jalonnant l’Histoire russe. Sofia se recueille devant la tombe de son fils Sergueï. C’est elle qui a créé un collectif fédérant les familles. « J’ai fini par accepter ce qu’il s’est passé. Pardonner, ne pas pardonner, c’est impossible de raisonner en ces termes. Selon moi, il faut accepter pour une seule raison : perpétuer leur mémoire. Car pour le reste, on ne peut rien y changer. Nos enfants ont disparu, c’est fini. »

La tombe du capitaine-lieutenant Dmitri Kolesnikov se distingue des autres. La date exacte du décès n’y est pas précisée. Son père en a eu la preuve : le 12 août après l’explosion, à cent mètres de profondeur, son fils était encore vivant.

Dans son édition du jour, le journal Novaïa Gazeta retrace l’affaire dans ses moindres détails. Le principal titre d’opposition de la presse russe a fait de ce drame sa plus longue enquête jamais publiée.

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