Idée D&B: Avec Chypre, une quatrième Eglise orthodoxe reconnaît l’autocéphalie ukrainienne

L’Eglise de Chypre est la 4ème des 15 Eglises orthodoxes à reconnaître l’Eglise d’Ukraine, autocéphale depuis janvier 2019. Une initiative qui peut refléter une distanciation politique de Chypre par rapport à la Russie.

C’est en mentionnant le métropolite ukrainien Epiphanie dans ses prières, que l’Archevêque de Nouvelle Justinienne et de tout Chypre, Chrysostome II, a officiellement établi une communion spirituelle avec l’Eglise orthodoxe d’Ukraine. En nommant son primat Epiphanie, il a ainsi reconnu le bien-fondé et la légalité du tomos d’autocéphalie accordé à la jeune Eglise par le patriarche oecuménique de Constantinople Bartholomée, le 5 janvier 2019.

L’initiative, en date du 24 octobre, est autant l’aboutissement d’un long travail de réflexion historique et spirituelle que de laborieuses tractations diplomatiques. La question ukrainienne a profondément divisé les quinze Eglises orthodoxes autocéphales° en deux pôles: d’une part le patriarcat de Constantinople, “premier parmi les égaux”, artisan de l’indépendance canonique de l’Ukraine vis-à-vis de l’Eglise orthodoxe de Russie; et d’autre part le patriarcat de Moscou, revendiquant sans transiger son autorité canonique séculaire sur Kiev. Un certain nombre d’Eglises restent indécises sur le sujet, près de deux ans après l’octroi du tomos d’autocéphalie. Seules quatre Eglises qui ont reconnu l’Eglise d’Ukraine: Constantinople, Athènes, Alexandrie et, désormais, Nicosie (Chypre).

Cette évolution est conséquente, compte tenu des relations intenses que la Russie entretient avec Chypre. Moscou s’est longtemps constitué comme soutien des chrétiens grecs du sud contre l’occupation turque du nord de l’île. De plus, de nombreux oligarques russes ont utilisé ce pays membre de l’Union européenne comme “port franc” pour y ouvrir des comptes offshore et y stocker une partie de leurs fortune. Suivant plusieurs scandales ces dernières années, la décision de Chrysostome II pourrait être interprétée comme une tentative de se dissocier de la Russie, d’un point de vue religieux comme politique.

Chrysostome II fait face à l’opposition de quatre évêques menés par le métropolite de Limassol, Athanasios. Celui-ci a quitté la célébration liturgique du 24 octobre en entendant le primat chypriote reconnaître l’Eglise orthodoxe d’Ukraine. Chrysostome II assure cependant bénéficier du soutien de l’écrasante majorité de ses seize évêques.

°Une seizième Eglise, celle d’Amérique, n’est reconnue comme autocéphale que par cinq autres. Elle est néanmoins en communion avec l’ensemble des Eglises orthodoxes.

Lire plus sur le sujet de la géopolitique de l’orthodoxie dans le dossier de D&B

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