RFI: Haut-Karabakh: l’Azerbaïdjan dit contrôler la ville stratégique de Choucha, l’Arménie dément

“Pour prendre Choucha, qui est une véritable forteresse naturelle, les Azerbaïdjanais ont certainement dû faire un gros sacrifice en termes de pertes humaines. Mais cette ville a une importance symbolique énorme pour Bakou.

Cela alors que de nombreux combattants arméniens rejoignent le Haut-Karabakh par la route du nord. Personne ne veut s’avouer vaincu dans ce conflit vécu comme existentiel par les Arméniens.

Article publié sur le site de RFI, le 08/11/2020. Par Régis Genté à Vardenis et Emmanuel Grynzspan à Bakou.

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a annoncé, ce dimanche 8 novembre, que son armée avait pris le contrôle de la ville de Choucha, dans le Haut-Karabakh. L’Arménie a démenti aussitôt, affirmant que les violents combats faisaient toujours rage dans cette ville stratégique de la région séparatiste. 

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a annoncé la reprise de Choucha, au terme de violents combats, dans un discours fleuve ce dimanche matin. Cette victoire confirmerait la supériorité militaire de l’armée azerbaïdjanaise, qui est mieux équipée et bien plus nombreuse, rapporte notre correspondant à Bakou, Emmanuel Grynszpan.

Pour prendre Choucha, qui est une véritable forteresse naturelle, les Azerbaïdjanais ont certainement dû faire un gros sacrifice en termes de pertes humaines.

Mais cette ville a une importance symbolique énorme pour Bakou. C’était une ville majoritairement peuplée d’Azerbaïdjanais jusqu’aux années 1990, et certains la considèrent comme une sorte de « Jérusalem » du Karabakh.

Fête dans les rues de Bakou, Erevan dément

Cette victoire annoncée est célébrée ce dimanche dans les rues de Bakou : la foule a envahi les rues, les voitures klaxonnent sans discontinuer, les gens brandissent des drapeaux tricolores à travers les fenêtres et on voit aussi beaucoup de drapeaux turcs et pakistanais.

Bien que des dizaines d’autres villes ont déjà été conquises par Bakou, c’est une explosion d’émotion populaire particulière et extrêmement forte : il est clair que Choucha tient une place particulière dans les cœurs des Azerbaïdjanais.

De son côté, Arménie a démenti les affirmations du président Aliev. Un responsable du ministère de la Défense, Artsroun Hovhannissian, a assuré que « le combat continuait » pour la ville. Celle-ci est située à seulement quinze kilomètres de la capitale de la région, Stepanakert, et sur la principale route reliant la République autoproclamée à l’Arménie.

Les civils du Haut-Karabakh toujours évacués en Arménie

De l’autre côté de la frontière, l’évacuation des civils du Haut-Karabakh se poursuit dimanche 8 novembre, quoique de façon moins dense que la nuit précédente, où un défilé incessant de véhicules civils avait pris d’assaut les rues de Vardenis entre 22h et 1h du matin, rapporte notre envoyé spécial dans cette ville arménienne, Régis Gente.

De cette ville proche de la frontière, l’on voit des militaires quitter le Haut-Karabakh, parfois des camions de transports de troupe… mais jamais de tanks et autres blindés. À Vardenis, rien pour l’heure n’indique une débâcle militaire.

À lire aussi : Haut-Karabakh: la population de la capitale Stepanakert évacuée

Des volontaires arméniens toujours nombreux

Cela car de très nombreux combattants partent rejoindre le Haut-Karabakh par la route du Nord, la seule qui permet désormais de relier l’Arménie à la République indépendantiste.

Ces nombreux combattants viennent pour une part des rangs de l’armée régulière, en remplacement de ceux qui sortent de la zone de conflit, mais il s’agit aussi souvent de volontaires. De nombreux habitants du Karabakh partent même visiblement de leur propre initiative pour y défendre leur ville ou village.

Ces volontaires admettent à mots couverts que la situation est extrêmement difficile pour eux dans la ville de Choucha. Mais personne ne veut s’avouer vaincu dans ce conflit vécu comme existentiel par les Arméniens.

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