L’invité D&B: Natsionalniy Druzhyny, les phalanges du “Nouvel Ordre” ukrainien?

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°Adrien Nonjon est un étudiant-chercheur français de l’Institut Français de Géopolitique, spécialisé sur l’Ukraine et l’extrême-droite. Il officie également pour les think tanks Groupe d’Etudes Géopolitiques (ENS Ulm) et CREER Geneva

 

Qu’importe les critiques et les doutes – et qu’importe les moyens utilisés – Azov et la Druzhyna entendent bâtir un projet politique national destiné à relever la société ukrainienne de ses maux.

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Source: Page Facebook Національні Дружини

Présentée en grande pompe le 28 janvier 2018 dans le froid glacial de la place de l’indépendance de Kiev, au cours d’une prestation de serment aux forts accents militaristes, la “Natsional’ny Druzhyna” du régiment néo-nationaliste Azov suscite polémiques et débats au sein de la société ukrainienne.

Faisant l’objet de plusieurs traductions comme “escouades nationales” ou “milices nationales” qui parfois portent à confusion sur leur place réelle au sein des forces de sécurités ukrainiennes, nous choisirons volontairement de conserver le terme initial translittéré. Formation militante comptant selon les sources entre 600 et 700 bénévoles âgés pour la plupart de 20 à 30 ans, la Dryzhyna nationale reprend une tradition héritée de la Kyiv Rus’ de “veilleurs”, en suppléant la police ukrainienne au quotidien. La Druzhyna est officiellement déclarée en conformité avec la législation ukrainienne qui encadre la création et la réglementation de tels groupes de vigilants. Selon un officiel du ministère de l’intérieur, Ivan Varchenko, “le fait qu’il y a maintenant des organisations qui veulent s’engager dans ce processus, est absolument légal, ils ont le droit. C’est avec des représentants de la Police Nationale qu’ils doivent se mettre d’accord sur comment et où seront-ils affectés, par exemple, des patrouilles dans les rues en alternance avec la Police nationale”.

Néanmoins, l’inquiétude d’une partie de la société est palpable. Le radicalisme affiché de la Druzhyna nourrit la crainte de voir l’Etat ukrainien abandonner progressivement le monopole de la violence légale au profit de formations miliciennes et paramilitaires. Si le dirigeant de la Druzhyna azovienne, Ihor Mikhailenko, parle d’une volonté profonde “de nettoyer les rues, lutter contre les trafics d’alcool, de drogue et les établissements de jeux illégaux”, le message semble être on ne peut plus clair : garantir à travers un “nationalisme moderne” et une force active un nouvel ordre ukrainien, là où le gouvernement a failli. Au-delà de ces éléments de langage fortement imprégnés de la réthorique azovienne, que pouvons nous comprendre de ce projet de Druzhyny?

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Andriy Biletskiy à la présentation de la Nationalniy Druzhyna. Source: Page Facebook Національні Дружини

Une nouvelle étape d’Azov dans sa quête de légitimité dans le “chaos ukrainien” ?

Dès ses premiers pas sur le champ de bataille du Donbass en 2014, et jusqu’à son entrée en politique le 14 octobre 2016 par la création de son parti “Corps National” qui lui a permis de s’institutionnaliser, le régiment Azov s’est toujours réclamé d’un nationalisme radical dont l’ambiguïté idéologique a été largement utilisée par ses adversaires (1). Par ses symboles comme le Soleil Noir et la rune SS “Wolfstangel” (Selon la direction du régiment, cette dernière symbolise les lettres “I” et “N” pour “Idée de la Nation”), ses codes et le parcours de certains membres au sein d’organisation sulfureuses comme Tryzub ou C14, Azov est ainsi associé de façon péremptoire et réductrice à une perception occidentale de l’extrême-droite, voire au néo-nazisme (2). Dans leur ouvrage “Les Droites extrêmes en Europe” (2015), Nicolas Lebourg et Jean-Yves Camus rappellent que “l’extrême-droite constitue une catégorie d’analyse propre au cadre politique de l’Europe occidentale”, où l’on tend à regrouper dans une même matrice idéologique des tendances diverses  (populistes, conservatrices, traditionalistes, xénophobes…) et des pratiques extrêmement différentes d’une aire géographique à une autre. Sans chercher à relativiser la radicalité de l’idéologie azovienne, il convient de la replacer dans le contexte de l’espace post-soviétique. Les pratiques et idéologies des mouvements ultra-nationalistes peuvent y être différentes. Or, une stratégie délibérée d’assimilation d’Azov à une mouvance néo-nazie s’inscrit dans une tentative de discrédit et de simplification à l’extrême du nationalisme ukrainien; celui-ci étant ramené à la simple expérience du IIIème Reich et des horreurs perpétrées en Ukraine pendant la Seconde Guerre mondiale.

D’autre part, en étant sous le commandement direct du ministre de l’Intérieur Arsen Avakov, et sous perfusion de donateurs influents, par exemple l’oligarque Ihor Kolomoisky en 2014-2015, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la finalité réelle de ce mouvement. Azov ne serait-il pas en fin de compte qu’une simple marionnette au service de desseins beaucoup plus personnels que collectifs ? Certaines de ces ambiguïtés sont levées progressivement, ou mieux comprises aujourd’hui. La question reste pourtant ouverte sur la montée en puissance d’Azov, illustrée par la création de la Druzhyna nationale. 

Jalonnée de chocs politiques (remise en cause de la légitimité de son gouvernement, décentralisation de l’Etat), sociaux (lutte contre la fraude et le poids de l’oligarchie) et d’objectifs militaires contraignants (redonner à l’armée sa puissance d’autrefois en vue de contenir les séparatistes), l’histoire récente de l’Ukraine, de 2014 à nos jours, est source de fractures qu’il lui faut réduire rapidement (3). C’est en exploitant ce chaos ambiant qu’Azov trouve légitimité et caisse de résonance. Le chef du régiment, Andriy Biletsky, dénonce ainsi une “précarisation du pays”. La Druzhyna y trouve non seulement sa place et son rôle, mais aussi une partie de sa légende fondatrice. Elle serait, en tant que milice citoyenne l’ultime rempart de l’Etat ukrainien face à une série d’agressions intérieures, elles-mêmes orchestrées par la Russie ou l’oligarchie (4). Il s’agit ici d’une posture adaptée pour clarifier son image et se présenter comme acteur dominant dans la mise en oeuvre de solutions aux problèmes de fond ukrainiens. En cultivant une image de proximité, d’empathie, mais surtout de courage et d’abnégation auprès des Ukrainiens, Azov tente de s’approprier le premier rôle dans les forces investies dans l’avenir du pays.

Par son refus de toute concession aux acteurs du désordre interne ukrainien, on peut donc aisément comprendre qu’en dépit de leur aura encore minoritaire, Azov et sa Druzhyna puissent représenter pour certains une alternative crédible, l’étendard du refus de la défaite et de l’immobilisme, l’oriflamme du retour de l’Ukraine comme nation souveraine.

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Source: Page Facebook Національні Дружини

Azov et la Druzhyna nationale : la stabilité par un nationalisme retrouvé?

L’émergence et la structuration d’une milice ultranationaliste comme la Druzhyna azovienne autour des éléments de crise post-Maïdan et de la guerre dans le Donbass, peuvent être perçus, pour reprendre les propos des politologues Erwin K. Scheuch et Hans Klingemann, une “pathologie normale”  pour une société industrielle mise à l’épreuve (5). La mutation d’Azov en un mouvement politique nationaliste notoire et non périphérique dans le paysage politique ukrainien, puis en une série de structures vigilantes comme la Druzhyna et le Corps Civil est à l’aval d’une logique socio-politique directement liée au contexte ukrainien: l’essor de la nation sur le plan politique et la préservation de l’héritage “sain” (les guillemets s’imposent) de la Révolution de Dignité, et ce dans un contexte de guerre.

Il n’est pas question d’oublier que le mouvement radical Azov dont est issu la Druzhyna puise en grande partie dans la composante subversive ukrainienne. Mais elle est aussi une force reflet de la société ukrainienne. Au travers du parcours initial d’Azov et des trajectoires personnelles de ses combattants et militants, il se dégage au sein de ce mouvement un spectre socio-politico-religieux étendu, allant des néo-païens aux gréco-catholiques en passant par les supporters de foot et autres universitaires.  Le coeur d’Azov compte ainsi 1500 membres auquel nous rajoutons environ 10 000 adhérents du parti Corps National et les 600/700 membres de la Druzhyna. Selon les estimations de Bertrand de Franqueville, de l’Université Paris-Sorbonne, datant de février 2017, on comptait chez Azov 52 membres titulaires d’une licence, 1 docteur, 5 sont doctorants, 13 ingénieurs, mais aussi 76% sont de greco-catholiques, 19% néo-païens, 1 bouddhiste, 1 musulman et des militants de confession juive comme le commandant adjoint Vistyp Moshe.

Ces statistiques illustrent la diversité du mouvement, animé par un même désir d’action pour faire face aux enjeux d’un pays plongé dans l’état d’urgence. Au fil d’entretiens menés avec plusieurs militants, ceux-ci revendiquent une prise de conscience totale de la nécessité d’agir, de résister, d’accepter le don d’eux-mêmes pour la “noble cause de la défense de l’identité ukrainienne” (6). Cette résistance dite “autonome”, revendiquée par les membres d’Azov, fait de ce dernier une mouvance qui dépasse les différentes sous-cultures existantes en Ukraine. On parlera d’un “nationalisme social” qui inclut au sein de la nation toutes les personnes ayant un degré élevé de conscience nationale indépendamment de leurs sous-cultures et de leurs identités. Il ne s’agirait en aucun cas de personnes exclues de la société, de personnes rejetées et considérées comme dangereuses, dès lors qu’elles sont insérées dans un tissu social tissé par Azov. Ces militants se définissaient au départ comme des artisans de la défense ultime du pays et des thuriféraires de sa stabilité. Selon leurs dires, c’est le contexte de délitement de l’Etat qui les a mobilisés autour d’une idéologie guerrière et de défense comme l’ultranationalisme ou le néo-fascisme. Nourri par la guerre et l’incurie du gouvernement actuel, beaucoup ont souhaité prolonger leur activisme dans un combat intérieur teinté de politique. En filigrane, la conviction que les solutions se trouvent non chez les élites et les réformes promulguées (les idées ne tombent pas du ciel) mais bien dans la société ukrainienne et ses structures militantes (l’action quotidienne est mère de toutes les batailles).

L’affirmation d’une identité nationale ukrainienne qui “hoquetait” il y a encore peu dans les traumas de l’ère post-soviétique et les difficultés de se penser face à l’Occident et face à la Russie, a connu un essor sans précédent avec la guerre à l’Est. Avant, les Ukrainiens étaient plutôt organisés à l’échelle locale, au sein d’un oblast, d’une ville ou d’une communauté, comme l’expliquait l’historien Ivan Fedyk dans un entretien, en février 2017. Ils s’en réclamaient, et s’installaient dans une fragmentation subie sinon assumée. Le politologue Konstantin Batozsky rajoute que le Maïdan, puis la guerre, ont amené  à une prise de conscience de l’importance de l’Etat pour le bon fonctionnement de la vie quotidienne, pour la sécurité collective, pour la défense d’une histoire et d’un territoire. C’est cette mutation qui a été décisive et a motivé idéologiquement Azov pour créer la Druzhyna. Cette nouvelle identité nationale, résolument attachée à la défense de l’intégrité territoriale du pays, doit être défendue à tout prix de toute tentative de subversion intérieure ou extérieure. Face aux nouvelles zones grises générées par la guerre en Ukraine, face à la menace de sape russe ou oligarchique, Azov choisit donc d’adapter son discours et son attitude de façon pragmatique. Il lui incombait de porter ce sentiment national sur l’ensemble du territoire par son parti et désormais, la Druzhyna. Azov se rêve en fédérateur d’un nationalisme ukrainien retrouvé, et compte utiliser son aura pour le faire de façon plus paternaliste qu’autoritaire en répondant aux doléances de la population en matière de sécurité. Cette mue d’Azov est la base même de son nouveau parcours en politique avec le Corps National.

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Source: Page Facebook Національні Дружини

En tant que parti politique, régiment ultranationaliste et force milicienne, Azov fournit trois types de représentations pour arriver à concilier les populations avec son objectif de réconciliation nationale :

  • Celle d’être, en sa qualité de régiment de la Garde nationale ukrainienne et d’auxiliaire de police, le garant de l’ordre étatique pour lequel il combat. Il serait pour ses soutiens, un “moindre mal” dans un contexte de guerre et assurerait la sécurité de chacun au nom de l’Etat ukrainien en dépit de son idéologie et de sa symbolique.
  • Celle d’être en même temps par sa branche politique une force d’opposition au sein de l’Etat qui tend à faire valoir l’ensemble des droits et des attentes de la population ukrainienne en étant proche d’elle. Il exprime la volonté de se donner une nouvelle légitimité, se conformer en dépit des craintes à la législation. Un des objectifs étant de se forger une image expurgée , bien loin de celles de l’organisation “Patriotes d’Ukraine” dont on pouvait s’indigner des dérives.
  • Enfin celle d’être une puissance dissuasive mais tolérante engagée avant tout dans un processus de Risorgimento (7). Il s’agit ici de bâtir un Etat-nation en se séparant d’un empire, russo-soviétique en l’occurrence, et des stigmates encore visibles de son ancienne domination. Ce faisant, le but est d’unir différentes branches longtemps opprimées d’une même nation (Ukrainiens d’origine russe, Ukrainiens russophones, Ukrainiens ukrainophones, Grecs pontiques, etc.) pour résoudre les crises d’identité, résister à la “tyrannie étrangère” et fournir la base d’une nouvelle reconstruction nationale. Les cultures régionales, religions et mémoires se trouvent ainsi rassemblées au sein d’un même Etat-nation où les nationalistes comme Azov peuvent s’efforcer de préserver, d’améliorer, transformer ou recréer une identité ukrainienne expurgée de toute réminiscence du “soviétisme”.

Natiocratie”, roman national et nation en arme : les piliers azoviens de la renaissance ukrainienne. 

Plongée dans une crise allant bien plus loin que la simple opposition d’une Ukraine occidentale européanisée à un némésis oriental et russophile, le pays est en proie à une multitude de représentations qu’Azov souhaite reformater en les rendant conformes à sa vision. Le mouvement compte sur l’attraction de son parti et de sa Druzhyna pour les appliquer directement sur le terrain. Partageant l’idée d’un territoire ukrainien souverain, le régiment Azov se démarque du nationalisme stato-territorial de ses alliés du Pacte national (8). Il épouse une vision de l’Ukraine chère aux penseurs des années 1920 Yuri Lypaa et Dmitro Dontsov, dépassant ses frontières juridiques, puissante face à ses voisins, et très conservatrice sur le plan politique. Loin d’être affranchie d’une certaine vision suprémaciste de l’Ukraine, cette représentation du territoire et de la nation constitue l’essence même du « nationalisme moderne » vanté par la Druzhyna et ses affidés.

C’est une “société de corps” qui est le but des transformations vitales pour Azov. La représentation de l’Ukraine défendue par son chef Andriy Biletsky est une représentation organique. Elle est forgée autour des écris de Mykola Stsiborskyi (1897-1941) combattant et théoricien de l’OUN originaire de Jytomyr, ayant développé l’idée de “natiocratie”.  Cet Etat sera autoritaire, et corporatiste (où la société et l’économie sont organisées en groupements défendant leurs intérêts) mu par une vision élitiste et technicienne —seule capable de favoriser l’indépendance nationale— mais aussi paradoxalement par une vision assurant le primat du peuple sur des élites jugées corrompues et népotistes.  Il s’agit donc de recomposer l’Etat autour du principe de “solidarité nationale”, fondé sur le rejet des classes et des partis et sur l’affirmation de l’individu, membre de la nation qui occupera une place prédéfinie au sein de la société, en fonction de sa valeur réelle. Cette valeur est étalonnée par ses combats, ses aptitudes physiques et intellectuelles, ses capacités à nouer des relations avec d’autres. Cette vision est un rejet direct d’une élite autoproclamée et systémique. Pour les idéologues azoviens, la “natiocratie” induit  un pouvoir segmenté très lié à la valeur reconnue de chaque acteur dans tel ou tel domaine. Dans ce système très darwinien, les droits et libertés seraient donc calés sur une méritocratie rigoureuse. On reconnaît dans ce dispositif de la “natiocratie” l’idée d’un Etat nation voulu comme “une entité en charge des destins de la collectivité nationale”. Pour Azov “la Nation constitue la forme la plus optimale de l’existence humaine, et l’Etat constitue la forme la plus optimale de l’existence de la Nation” (9). En d’autres termes il s’agit d’un retour au sens premier de la définition de l’Etat nation : “la synthèse territoriale, politique voire idéologique de l’Etat et de la nation”. On y retrouve le caractère dominant de l’Etat nation : sa cohésion nait de caractères ethniques communs (cf. étymologie) ou de la volonté de vivre ensemble par un “plébiscite de tous les  jours” (E. Renan 1882). L’Etat nation reconvoqué et retrouvé par Azov est bordé par d’un système politique sans concessions pour les élites actuelles et leurs pratiques et surtout par des symboles historiques (drapeau, hymnes nationaux, héros).

Vecteur principal de cohésion, l’Histoire demeure importante pour Azov dans l’élaboration et la structuration de l’idée nationale. En temps de crise, la mobilisation du récit historique comme référence commune à un peuple permet d’exalter son patriotisme en vue de surmonter les épreuves qui lui sont infligées. L’Ukraine d’Azov est à la fois considérée comme le berceau civilisationnel slave, mais aussi comme une région martyre des différents empires allant de la Pologne (révolte des Zaporogues en 1654) à l’URSS. Soit un lieu de confrontation directe et indirecte entre l’Ouest et l’Est. Ce passé produit inévitablement des forces centrifuges, et c’est par réaction que se définit l’extrême droite ukrainienne et particulièrement Azov, en vue de bâtir sa propre représentation de l’Ukraine. Loin d’être une image improvisée dans l’urgence de la guerre, l’Ukraine d’Azov se doit, en tant que “grande nation” unie, de fédérer l’ensemble de ses individus grâce à un nouveau roman national mettant en valeur les grandes figures de l’histoire ukrainienne, longtemps délaissées par le pouvoir. Cette nouvelle histoire puise à la fois dans les récits orientaux et occidentaux de l’histoire européenne. Référence récurrente dans le nationalisme ukrainien contemporain, Azov reprend à son compte le modèle de druzhyna, l’ancienne garde prétorienne du prince de la Ru’s kiévienne : il cultive et renforce une image de fraternité comparable avec ses propres codes. D’autre part, la démarche d’Azov est une sublimation esthétique de la tradition: l’héritage des temps les plus reculés comme celui de l’époque ru’ssienne est vu comme un “âge d’or”. Celui-ci doit être redécouvert à travers les symboles utilisés par Azov. On peut aussi citer le lieu chargé d’histoire qui a servi à la prestation de serment de la Druzhyna : la forteresse de Kosy Kaponir.

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Source: Page Facebook Національні Дружини

Enfin, Azov n’échappe pas à la quête de l’image symbolique du corps : un corps jeune, en bonne santé, renvoyant à des notions de capacités et de volonté et d’action. C’est pour cela que la Druzhyna azovienne doit être au coeur de l’éveil des jeunes générations en Ukraine. Par ses activités aussi bien militaires que civiles, la Druzhyna espère pouvoir purger la jeunesse d’un contenu trop soviétisé susceptible de faire émerger une “cinquième colonne pro-russe”. Les nouvelles générations doivent devenir un moteur fondamental dans l’élaboration du corps national souhaité. Dynamique et facilement perméable aux images et idéaux forts, la jeunesse concentre toute l’attention d’Azov qui déploie une offre médiatique, sportive, d’initiation militaire et d’invitation à une série d’évènements collectifs. Tout semble être mis en oeuvre par le régiment et son parti pour séduire la jeunesse et la façonner à son image.

Conclusion

Marginalisés depuis l’indépendance de 1991, les groupes d’extrême-droite dits ultranationalistes ont vu dans le réveil de l’identité nationale ukrainienne, la révolution du Maïdan et la guerre dans le Donbass un vecteur de renaissance. Nourris par le manque de modernisation de la société post-soviétique ukrainienne, radicalisés par un climat de violence, une lassitude ambiante et l’absence de réformes, les nationalistes comme Azov prospèrent. Leurs initiatives et leur radicalité s’inscrivent comme autant de réponses à un discours de crise lapidaire vis-à-vis d’un Etat fragilisé, et d’une construction nationale lente et difficile. La violence sous-jacente de l’idéologie azovienne, ou encore ses racines conservatrices révolutionnaires, ont longtemps été minorés dans la société. Azov a en effet bénéficié d’un “effet de mode” qui l’associait à un épiphénomène né de ce contexte de délitement profond. Amnésie collective, manipulation politique ou déni médiatique? Les critiques virulentes liées à l’apparition de la Druzhyna pourraient amorcer un retournement de l’opinion publique. Quoiqu’il en soit, il est peu probable qu’il affecte le développement d’Azov et de ses différents organes, comme la Druzhyna. Le régiment se revendique comme une force politique aussi légitime que les partis pré-existants. Ses représentants affirment que leur “thérapie de choc” est à même de répondre aux besoins actuels de l’Ukraine. Qu’importe les critiques et les doutes – et qu’importe les moyens utilisés – Azov et la Druzhyna entendent bâtir un projet politique national destiné à relever la société ukrainienne de ses maux.

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Source: Page Facebook Національні Дружини

Notes: 

(1) UMLAND, Andreas, Voluntary militia and radical nationalism in post-Maidan Ukraine, 50 pages

(2) FEDORENKOK., RYBIY O., UMLAND A., The Ukrainian far right and the ukrainian revolution, 23 pages

(3) GUILLEMOLES A., Ukraine le réveil d’une nation, les Petits matins,Paris, 2015, 211pages

(4) Manifesto : the renaissance of ideology, http://reconquista-europe.tumblr.com, consulté en mars 2017

(5) K. SCHEUCH Erwin, KLINGEMANN, “Theorie des Rechtsradikalismus in westlichen Industriegesellschaften,” Hamburger Jahrbuch für WirtschaftsundSozialpolitik, vol. 12 (1967), pp. 11–29 et SHEKHOVTSOV Anton., UMLAND Andreas., Ultraright Party Politics in Post-Soviet Ukraine and the Puzzle of the Electoral Marginalism of Ukrainian Ultranationalists in 1994–2009, 32 pages

(6) FRANQUEVILLE, Bertrand, Le phénomène milicien en Ukraine : le cas du bataillon Azov, Dossier de recherche de Master 1 de Science Politique, Spécialité Relations Internationales, Année universitaire 2015-2016, Université Paris I Sorbonne, 40 pages

(7) KUZIO, Taras, Nationalism in Ukraine: towards anew theoretical and comparative framework, Journal of Political Ideologies N°7, 2002, op.cit p 138

(8) Signé en Mars 2017, la Pacte national est une alliance politique en vue des prochaines élections législatives et présidentielles, associant Svoboda, Praviy Sektor et le Corps National

(9) Natiocracy : collection of leaflets, Orientyr, Kiev, 2016

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