Météore: Quand New York se trouvait à l’Est

Amorce de reportage co-réalisé avec Niels Ackermann, publié dans Météore, édition du Lundi 13 août 2018

Au cœur du Donbass, une ville industrielle portait autrefois le nom de New York. Ses habitants cherchent aujourd’hui à rétablir cette identité.

 

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Photos: Niels Ackermann / Lundi 13

Au premier abord, rien de spécial. Des façades décrépies, des usines fermées, des rues défoncées de nids de poule, parcourues de véhicules militaires en route vers la ligne de front, à 5 kilomètres de là. Novhorodske, environ 12000 habitants, est une bourgade comme tant d’autres dans le Donbass, cette région industrielle de l’est de l’Ukraine en guerre depuis 2014. Pourtant, dans la boulangerie-pizzéria récemment ouverte, la musique est enjouée, et les croissants, excellents. “Il fallait bien que notre New York ait son endroit branché”, plaisante la pizzaiola Lana Alekseeva.

New York? Sur le mur du restaurant, des affiches évoquent des industries du 19ème siècle qui faisaient autrefois la fierté de la ville, New York. Des souvenirs rédigés en langue allemande. Au 18ème siècle, les tsars de Russie avaient invité des colons allemands, des Mennonites, pour développer leurs nouvelles conquêtes. “Et ils ont nommé cet endroit New York!”, s’enthousiasme Tetiana Krasko, secrétaire du conseil municipal.“Certains racontent qu’un des maires avait une petite amie dans l’autre New York, en Amérique… Mais en fait on ne sait pas d’où ça vient”. Ce qui est sûr, c’est que le pouvoir soviétique a évacué les habitants allemands après la seconde guerre mondiale, et a changé le nom de la ville, en 1951.

Entourée de tuiles du siècle dernier, estampillées du nom de “New York” en caractères cyrilliques, ou encore de cartes d’époque plaçant “sa” Grande Pomme dans la région, Tetiana Krasko coordonne une entreprise de “redécouverte de l’histoire locale”. Le conseil municipal a d’ores et déjà approuvé le retour au nom historique. Le processus est néanmoins bloqué par les autorités régionales et nationales, pour d’obscures raisons. “Notre ville s’est appauvrie au cours des dernières décennies. Et la guerre… Nous aurions bien besoin d’un second souffle…”, soupire-t-elle.

Sans attendre, Tetiana Krasko et son équipe multiplient les candidatures pour des financements internationaux, comme ceux qui ont permis l’ouverture de la boulangerie-pizzéria, ou payé pour quelques panneaux solaires sur des lampadaires. Il s’agit d’offrir un avenir aux jeunes, et d’enrayer un déclin démographique dramatique. Des meilleurs infrastructures? Des pièces de théâtre montées par des étudiants? Un nouveau centre communal dans un bâtiment historique? A New York, les idées ne dorment jamais.

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