RFI: Les étranges questions de “démocratie directe” de Zelenskyy

En amont d’élections locales dans lesquelles le parti de Volodymyr Zelenskyy ne devrait pas briller, le président mène une offensive médiatique. Et livre sa propre conception de la “démocratie directe”.

Intervention dans la séquence Bonjour l’Europe, sur RFI, le 23/10/2020

Elections municipales et régionales ce dimanche en Ukraine. C’est le premier test électoral pour le président Volodymyr Zelenskyy, depuis que cet ancien acteur est arrivé au pouvoir à la surprise générale au printemps 2019. Et… ça n’a pas l’air bien parti. Alors le président mène une offensive médiatique pour compter dans le scrutin. A Kiev, Sébastien Gobert

Sébastien, le président a fait parler de lui en proposant un sondage à grande échelle avec 5 questions aux Ukrainiens. Vous pouvez nous en dire plus?

Alors, Volodymyr Zelenskyy veut savoir ce que pensent les Ukrainiens, et de quoi ils parlent dans leurs cuisines. Pour cela, il a identifié 5 questions, aux réponses par oui ou non. Et c’est très divers. Cela va des peines de prison à vie pour les fonctionnaires corrompus à l’établissement d’une zone économique spéciale dans l’est qui est, je le rappelle, en guerre depuis 2014; en passant par la légalisation du cannabis à usage médical.

Vous voyez, il y a de tout. Les électeurs devraient trouver les formulaires dans les bureaux de vote et les remplir en parallèle des bulletins électoraux. Reste que ces questions, ce n’est pas un référendum, ce n’est même pas un sondage sociologique. Les résultats ne seront pas juridiquement contraignants, et on ne sait pas vraiment ce que le président veut en faire.

Alors pourquoi lance-t-il cette initiative?

Plusieurs possibilités: pousser les jeunes à se rendre aux urnes en les motivant grâce à un format innovant. Ou alors appliquer une partie de son programme électoral, car il avait promis de faire usage de consultation populaire pour rester à l’écoute de ses concitoyens. Mais cette manière de consulter les Ukrainiens fait débat: certains experts assurent qu’il est interdit de conduire des enquêtes d’opinion dans les bureaux de vote. Et le financement pose question puisque cette initiative n’a tout simplement pas été inclue dans le budget électoral.

Alors reste une troisième possibilité, somme toute très crédible: une simple opération de communication pour tenter de reprendre la main sur un scrutin dans lequel le parti présidentiel ne devrait pas briller. Le président a aussi avancé la date de son allocution annuelle au Parlement – ce qui a d’ailleurs retardé le vote sur le budget 2021 – et accordé une interview à quatre chaînes de télévision ukrainiennes en même temps. Donc oui, il est à l’offensive.

Pourtant, Sébastien, Volodymyr Zelenskyy et son parti avaient triomphé aux présidentielles et législatives de 2019, et c’était il y a moins d’un et demi. Ils ont déjà tant baissé que cela?

Le président reste relativement populaire dans les enquêtes d’opinion. Mais son parti, oui, est en perte de vitesse et en pleine implosion. Volodymyr Zelenskyy avait été élu pour réformer la justice, transformer l’Etat, rénover la vie politique et moderniser l’économie. C’est un programme certes trop ambitieux pour en attendre des résultats immédiats, mais les Ukrainiens voient que le pouvoir en place n’en prend pas le chemin. Même si, il faut le dire, la dégradation de la situation économique est plus due à la pandémie de Covid-19 qu’à la politique gouvernementale.

Alors pour les bonnes ou les mauvaises raisons, Volodymyr Zelenskyy revient aux fondamentaux: une communication horizontale, qui fait fi des contraintes institutionnelles, et qui crée l’impression d’un lien direct entre le peuple et le chef de l’Etat, même si cela ne porte à aucune conséquence. Volodymyr Zelenskyy s’en défend: ce n’est pas du populisme. Mais cela y ressemble quand même beaucoup.

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